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Lun, Nov

Face à la barbarie qui frappe les nègres, l’indifférence du monde glace le sang

Chroniques
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C’est triste ce monde qui trie les victimes d’une même barbarie. Selon les pays. Selon la couleur de peau. Selon les intérêts géostratégiques des plus forts. Garissa, ce n’est pas Paris. Trop loin de Paris. C’est triste, quand ceux qui nous ont toujours fait comprendre, imbus de leur sentiment de supériorité, qu’ils sont les seuls et vrais porteurs des valeurs universelles, restent indifférents face au malheur du reste du monde. La valeur émotionnelle d’un deuil, n’a rien à voir avec le nombre d’âmes massacrées. 17 français tués, 148 jeunes kényans  assassinés tout comme des 24 Tunisiens et des Occidentaux tués à Tunis. Le nombre de nègres  tués importe peu. Le monde  dit  « civilisé » méprise le malheur des Noirs. Il méprise encore plus leurs morts. Des nègres qui meurent ? C’est normal, ils ont depuis toujours la mort chevillée au corps. Quelques mots gentils, creux et dénudés de sincérité émotionnelle, « suffiraient à les sortir de leur deuil », pense l’Occident.

Mais en quoi, un mort français aurait-t-il plus de valeur qu’un mort kenyan, nigérian, camerounais ou tchadien, quand tous, sont victimes de la même barbarie ? Il y a bien des morts qui sont plus prisés que d’autres. Vous osez me parler d’humanité, de solidarité entre les hommes ? Mon œil ! Ces grands mots, n’ont  pas le même sens selon qu’on est noir ou blanc.

C’est encore plus triste, voire honteux, quand nous-mêmes, nous nous trompons d’engagement. J’ai vu la docilité servile, la dextérité honteuse, dont tous ces « commis de la françafrique » ont fait montre, en répondant promptement à l’appel au grand rassemblement du « Grand Chef des Blancs », le 11 janvier dernier. Décidemment, nos dirigeants ne ratent aucune occasion de nous faire « entrer à reculons dans l’Histoire. » (Paul Valéry).  Le ridicule ne tue pas !

J’aurais tant souhaité voir, tous ces Présidents, ces colonisés dévoués à leur Maître, ayant défilé à Paris pour les 17 français tués, se déporter spontanément à Nairobi, épauler nos frères kényans dans la douleur qui les frappe.

« Qui se soucie de nous ? Pas vous ! », dit si bien cette chanson française. Il y a longtemps que les mêmes fous d’un Dieu qui n’est pas le nôtre, tuent, au Nigeria. Tout près du pays du Président béninois Yayi Boni, qui sur les Champs, a pleuré comme une femme, lui qui ne pouvait contenir ses larmes comme un homme. Lagos est à quinze minutes de vol de Cotonou. Le chef de l’Etat béninois avant de manifester sa volonté d’adhésion de son pays à la coalition régionale anti-Boko Haram, n’avait jamais mis les drapeaux en berne ou encore, manifester le moindre soutien aux Nigérians que cette bande de barbares tue au quotidien. Plusieurs milliers depuis quelques années... Yayi Boni, on se rappelle, a mis les drapeaux de son pays en berne pour les français tués, alors que la France ne lui a rien demandé. Son zèle n’a d’égal que l’opprobre qu’il jette sur les Africains. D’ailleurs, les Etats de la région ont enfin choisi de se constituer en force régionale pour combattre cette horde d’écervelés, non pas forcément par solidarité avec le Nigeria, mais surtout pour se protéger.

Un excellent Hors-série* du journal « Le Monde » rassemble l’essentiel des textes majeurs publiés par de grands auteurs français et francophones, de « Voltaire à Camus », sans oublier Montaigne, Montesquieu, Sartre, ou encore Mirabeau… Par ces temps tourmentés, de grande incertitude, de graves désordres moraux et spirituels, il est utile, voire salvateur de se replonger dans cette inépuisable richesse littéraire consacrée à la liberté et à la tolérance. Face à la montée de la barbarie intégriste, « Le Traité sur la tolérance » de Voltaire n’a jamais aussi utile que maintenant. C’est une chance : « Nous sommes des nains juchés sur des épaules de géants » (Pascal Bruckner).

*Le Monde Hors série, mars 2015, 4900 CFA, disponible à la Librairie de France

 

 

Godfried MANACE