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Lun, Nov

Voici de quel bois est fait le cercueil de la morale en politique *

Chroniques
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Offrir généreusement 100 millions de FCFA à des adversaires dans une compétition électorale, pour qu’ils fassent campagne contre soi est tout de même curieux ! Sans état d’âme les candidats ont presque tous pris cet argent. Sans scrupules. Sans état d’âme. Pendant des semaines ils ont vociféré, exigeant un dialogue direct avec le Président de la République, une fois ce pactole récupéré, tous ont baissé le ton. A la limite, ces gens ne roulent que pour ventre. Et Alassane Ouattara sait. Drôle d’opposants. Mieux, ils ne se sont même pas donnés la peine de la critiquer la forme de cette décision, surtout qu’elle ne répondait à aucune logique constitutionnelle, légale. La preuve, la décision ne figurait pas dans le communiqué du Conseil des Ministres, lu par le Porte-parole du Gouvernement. Elle fut annoncée dans le style bien connu ici, comme s’il y avait une gêne à donner aux pauvres…: un émissaire à la fin d’une manifestation présente les dons du parrain à des populations souvent démunies qui naturellement applaudissent à tout rompre.

 

Si des politiques ont accepté contre de l’argent, des déchets toxiques contre leurs populations, pourquoi des candidats à la présidentielle en manque de moyens, refuseraient-ils ce gracieux pactole du Président candidat ? Presque tous ont donc pris sans se boucher les narines. Ils ont dézingué la morale. Dans tous les cas, leur libre-arbitre le permet. Michel Amani N’Guessan, grand nom du Front Populaire Ivoirien, l’a dit sans état d’âme : « c’est malhonnête, mais on prend »… Ce qui résume bien la personnalité de ces politiques à qui le peuple confie sa destinée. Où sont les valeurs que prônent les grands discours de ceux qui face à l’argent, perdent tout sens de discernement ? Le seul qui officiellement a refusé ces 100 millions s’est montré digne. Peut-être qu’il aurait regretté son courage en apprenant que tous ceux qui devraient donner l’exemple, ont tous mordu à l’appât. Il y en a une loué qui a même loué le Seigneur. Pour elle, c’est un retour sur investissement de la Providence. Dieu nous aime !

 

En Côte d’Ivoire, il existe pourtant un cadre légal de financement des partis politiques qui disons-le en passant, n’est pas respecté comme il se doit, depuis ces cinq dernières années. Dans ce cas-ci, on peut se demander : disposant d’une confortable majorité au Parlement, le chef de l’Etat n’aurait-il pas pu faire passer un texte, à ce sujet, devant la Représentation nationale ? Surtout que rien ne presse, ce serait une première … dans le bon sens. En effet, l’Etat aurait pu saisir cette opportunité pour annoncer que désormais, en plus des partis politiques, il financerait les candidats à la présidentielle retenus par le Conseil Constitutionnel, au cours de l’année électorale. Cela aurait plus de sens, honorerait la démocratie et éviterait qu’une certaine opinion taxe le premier  garant de la Constitution ivoirienne de « geste de corruption ». Mieux, dans cette atmosphère de suspicion permanente, un geste financier sur une base constitutionnelle saine, contribuerait sensiblement à une décrispation tant souhaitée.

 

Sous de fallacieux arguments, les candidats qui ayant reçu, ont justifié leur cupidité. Winston Churchill l’a si bien dit : « La politique est plus dangereuse que la guerre. A la guerre, vous ne pouvez être tué qu’une seule fois. En politique, plusieurs fois. » L’absurde en politique, c’est quand un acteur politique, peut se faire acheter son honneur sur l’étale de l’indécence. « La vraie valeur d’un homme réside non dans ce qu’il a, mais dans ce qu’il est », (Oscar Wilde). Au tribunal de sa conscience, un homme politique qui a encore un peu d’amour-propre, ne cède pas à toutes les tentations. Rester digne, rend Dieu fier de nous les humains.

 

*article publié avant la présidentielle d’octobre 2015

 

 

Par Ange Hermann GNANIH